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Manifestations de régression de l’enfant en deuil

L’énurésie

 

La mort de l’être aimé, je vous l’ai dit dans mes articles précédents, bouleverse les équilibres, les relations, la communication, les affects…

Comme toute tempête, on assiste à une montée en puissance des émotions, un pic qui peut avoir des conséquences douloureuses sur toute la famille et enfin, un retour à la normalité, une normalité naturellement différente.

Les symptômes de ce chaos sont variés et différents selon les individus. Aucun enfant ou adolescent ne réagit de la même façon. Il est cependant fréquent d’observer des manifestations de régression.

L’énurésie en est une assez fréquente. L’enfant ou l’adolescent, recommence  à faire pipi au lit. Surprise pour les parents. Déshonneur et sentiment d’impuissance pour l’enfant. Honteux , certains craignent le jugement des adultes ou d’être la risée de leurs copains de classe car le problème peut se manifester aussi durant la journée.

Quand l’énurésie se manifeste après que l’enfant ait atteint un contrôle de sa vessie , il s’agit probablement d’un problème affectif. On parle dans ce cas d’énurésie secondaire (par opposition à l’énurésie primaire des bébés et tout petits enfants).

Souvent associée à un sens de culpabilité non énoncé, à une mauvaise estime de soi, à un sentiment de jalousie cachée, à un état de confusion dans lequel l’enfant se retrouve face à une situation qu’il ne sait pas gérer, l’énurésie secondaire est passagère mais doit être comprise et acceptée.

Cela peut représenter pour l’enfant une réponse instinctive à un conflit intérieur dont l’origine peut avoir d’autres causes que la mort (la naissance d’un autre enfant, un divorce, une violence subie, un harcèlement à l’école, la perte d’une amitié, le changement d’établissement scolaire…). Dans le cas présent, la mort d’une personne chérie correspond à tous ces critères.

Que faire ?

Comprendre avant tout le caractère passager de ce phénomène, l’accepter et l’expliquer à l’enfant avec des mots simples. Il est fondamental de le rassurer sur la non gravité de la situation et lui dire clairement qu’il ne doit pas s’inquiéter car cela ne durera pas et que vous l’aimez profondément.

Surtout ne jamais le critiquer, ni lui faire percevoir une irritation ou un jugement, ne pas en parler en public, ne pas commenter ce fait avec d’autres adultes. Pourquoi ne pas traiter cette difficulté comme un « secret » entre vous et lui ?

Rassurer l’enfant en dédramatisant  l’aidera à se détendre et à faire passer plus rapidement ce signe embarrassant de sa souffrance. L’humiliation ou la punition ne ferait que renforcer le mal-être et retarder la solution du problème.

Une autre suggestion que je vous donne est de ne pas obliger l’enfant à porter des couches, il le considérerait comme un acte le rabaissant au niveau des « petits » et augmenterait le délai vers le dénouement. Mettre des protections sur le matelas et changer sans rien dire les draps souillés pourra aider les parents sans perturber l’enfant. C’est un moment à passer avec compréhension, patience et beaucoup d’amour.

 

D’autres exemples de régression

Il existe beaucoup d’autres manifestations de régression liées au travail de deuil de l’enfant. Il me semblait important de souligner l’énurésie qui est parfois délicate à gérer pour les parents. Mais l’est également, l’agressivité soudaine d’un enfant qui semble en colère contre lui-même, contre ses frères et sœurs, les adultes en général et même les objets, représentations symboliques de sa perte affective.

La douleur intérieure peut se révéler par un mutisme soudain de l’enfant. Il ne veut plus parler de la personne décédée, il se bouche les oreilles si on prononce son nom et s’enfuit, se fâche, crie ou pleure.

Ou encore, les caprices augmentent sans raison avec parfois des crises hystériques. Et tant d’autres variantes de ces régressions imprévues…

 

Soyez l’arc-en-ciel après la bourrasque

Ne vous inquiétez pas. Ce sont des phases, des étapes de la fameuse tempête. Soyez là, élément de solidité au cœur des vents émotifs déchaînés. Tenez fermement la barre, rassurez votre petit matelot que tout ira bien, les ouragans finissent toujours par s’essouffler et le calme revient sous le ciel lumineux de votre amour.

 

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Une barrière refermée à jamais…

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Ils s’appellaient Ophélia, Loïc, Alan, Yonas, Diogo, Teddy et ils ne sont plus avec nous. Ils étaient dans le bus scolaire. Neuf de leurs amis sont encore en très grand danger.

Et puis il y a les autres, gravement blessés, mutilés, lacérés, choqués… et puis, il y en a encore d’autres, passagers du bus scolaire qui suivait, spectateurs malgré eux d’une tragédie évitée, médusés, bouleversés, terrorisés… Et puis, il y a les parents, les amis, les enseignants, les voisins, les habitants de la ville, des alentours, de la région, brisés, consternés… Et enfin, il y a nous, les inconnus, éloignés de Millas, stupéfaits, émus, impuissants devant leur écran de télévision ou celui de leur ordinateur.

J’ai pris du temps pour écrire et partager avec vous une réflexion, car la hâte est mauvaise conseillère. Il ne nous appartient pas de savoir si la barrière était levée ou fermée, mais de comprendre que la barrière, à jamais refermée, s’est abattue sur leur cœur, coinçant leur mémoire dans ses mâchoires.

Que faire ? Au-delà des blessures du corps, celles de l’âme sont très longues à cicatriser. Un long parcours attend enfants et parents. Il faut du temps, beaucoup de temps. Et rien ne sera jamais plus comme avant.

Que faire ? Se mettre à l’écoute, avec patience, sans forcer, sans questionner. Laisser venir… les mots, les pleurs, les cris, la colère, la douleur, les silences, l’absence. Ne pas juger, ne pas suggérer, ne pas chercher à savoir, permettre aux besoins de s’exprimer, comme ils le peuvent. Rien n’est plus délicat que l’accompagnement de l’Autre. Accompagner signifie aller à la vitesse de l’Autre, là où il choisit d’aller et non là où je crois il serait mieux d’aller.

 

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Un accident comme celui-ci porte un traumatisme qui ne s’effacera jamais. C’est un deuil très lourd à porter. Peut-être le premier deuil de ces enfants. Plus fragilisées encore par leur jeune âge, les jeunes victimes de Millas passent par le même sens d’égarement, d’incompréhension, de peurs, d’angoisse que celles des attentats du 13 novembre.

Parfois, les réactions post traumatiques peuvent être différées. C’est une capacité qui appartient à l’enfant et au jeune adolescent de suspendre ses émotions dans le temps et dans l’espace. Faire comme si… mais les émotions confinées réapparaîtront plus tard, et parfois même violemment.

Il est important de respecter chaque enfant et de lui laisser l’initiative de la demande mais l’observation de son comportement, des changements éventuels dans ses réactions, habitudes, goûts etc. est fondamental. C’est naturellement du ressort des parents et des psychologues de la cellule d’aide aux victimes déjà en place à Millas.

Padi enfant cimetière

Et nous qui sommes loin ? Que faire contre une barrière refermée à jamais ?
Envoyer de l’énergie positive, des pensées d’amour et des prières et… ne pas les oublier.

Amanda Castello, auteure de  » Padi et l’Aventure de la Vie « 

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